lui


lui

lui [ lɥi ] pron. pers.
XIe; lat. pop. illui, class. illi, datif de ille
Pron. pers. de la 3e pers. du sing. IPron. pers. des deux genres, représentant un nom de personne ou d'animal (plur. 1. leur).
1 (Énonçant les rapports de destination, d'attribution, d'appartenance, d'intérêt qu'exprime normalement la prépos. à). Il lui dit, elle lui parle. Il le lui a dit. Nous lui en avons parlé. Il lui donne du pain. Il lui est arrivé un accident. La, sa jambe lui fait mal. (Pour renforcer le nom) Et à Marie, qu'est-ce que vous lui voulez ?
(Compl. « d'attribution » d'un v. de perception ou de jugement) On lui voit beaucoup d'ennemis, on voit qu'il a beaucoup d'ennemis. Je lui trouve mauvaise mine. « Je lui crois bon esprit » (Romains).
(Compl. d'un adj. attribut, construit avec être ou un v. similaire, ou compl. de destination du v. lui-même) Il lui est très facile de venir, c'est très facile pour lui de venir. « Ce lui était une torture de travailler » (R. Rolland).
Faisant fonction de possessif, devant un nom désignant une partie du corps, un élément de la vie mentale ou affective (affection, émotion). Je lui ai serré la main. Elle lui sauta au cou. « Elle lui riait dans le visage » (Zola). « Ses paroles lui déchiraient le cœur » (R. Rolland).
2 ♦ LUI, objet d'un v. principal et sujet d'un inf. ayant lui-même un compl. d'objet dir. ou (plus rarement) ind. Faites-lui ou faites-le recommencer ce travail. Je le lui ferai recommencer. « L'aspect buté de l'enfant lui fit aussitôt changer de manière » (Martin du Gard). Je lui ai laissé lire cette lettre; je la lui ai laissé lire. Je lui ai entendu dire cela.
IIPron. masc. ( elle, fém.; eux, plur.) .
1(Sujet) « Lui, machinalement, retournait vers la batteuse » (Zola). « Lui, homme de peu de foi, repoussa ces conseils » (Stendhal ). « Vous ne l'aimez peut-être pas, mais lui vous aime » (Maurois). Lui aussi voudrait la connaître. Lui non plus n'y a rien compris. (Sujet d'un v. au p. p. ou d'une propos. elliptique) « Lui arrivé, elle eut des accès d'impatience contre lui » (Stendhal). « Qu'est-ce qu'il a fait ? — Lui, rien. Sa femme tout » (France). Elle est moins raisonnable que lui. Elle en sait autant que lui.
2(En appos. au sujet) « Il la reconduisait, elle devant, lui derrière, elle pleurant, lui criant » (Maupassant). Lui qui se plaint toujours, il devrait penser aux autres.
3 ♦ C'EST LUI; C'EST LUI QUI; C'EST LUI QUE; C'EST LUI DONT. Qui te l'a dit ? C'est lui. C'est bien lui dont on a annoncé l'arrivée à Paris. C'est lui qui sera content de vous voir !
4(Attribut) Tout ce qui n'est pas lui le laisse indifférent. « Dans sa création le poète tressaille; Il est elle, elle est lui » (Hugo).
5(Objet dir.) Je ne veux voir que lui. Elle n'aimait ni lui ni ses amis. « L'abandon où je les avais laissés, lui et sa mère » (F. Mauriac).
IIIAvec une prép. ( elle, fém.; eux, plur.).
1 ♦ À LUI : régime indirect des v. énonçant le mouvement (aller, arriver, courir), la pensée (penser, rêver, songer), et des trans. ind. tels que renoncer. Vous pensez encore à lui ? Dieu l'a rappelé à Lui. (Régime ind. d'un v. ayant un autre pron. pers. pour compl. d'objet) Voulez-vous me présenter à lui ? On ne peut pas se fier à lui. (Apr. c'est) C'est gentil à lui de m'avoir écrit. C'est à lui de décider. Ellipt « À lui de s'arranger » (A. Daudet). (Apr. un t. de même fonction) Ne dites rien à sa femme ni à lui. Je me fierais plus volontiers à elle qu'à lui. Apr. un subst. (possession, appartenance) Il a une allure bien à lui, qui lui appartient en propre. Des idées à lui. Un ami à lui, un de ses amis. « Ils sont de vieux compagnons à lui » (Romains).
Dans le tour à valeur d'appos. À LUI SEUL; À LUI TOUT SEUL. Il n'y arrivera jamais à lui tout seul, sans se faire aider.
2 ♦ DE LUI; EN LUI; PAR LUI, etc. J'ai plaisir à parler de lui. J'ai confiance en lui. Pour lui, c'est une affaire réglée. Avec lui, chez lui. « Si l'amour est un bien, il faut croire en lui » (Musset), il faut y croire.
3Littér. devant un p. p. sans auxil. Un livre à lui dédié, un secret par lui soupçonné. Devant un adj. « Pour des raisons à lui sans doute particulières » (H. de Régnier).
IV ♦ LUI, employé comme réfl., au lieu de soi, pour représenter un sujet masc. Un homme content de lui. Il regarda autour de lui. « Il me montra le carnet qu'il avait sur lui » (A. Gide). (En concurrence avec soi) « C'est tout un monde que chacun porte en lui ! » (Musset). VLUI-MÊME [ lɥimɛm ].
1(Non réfl.) (cf. fém. Elle-même; plur. eux-mêmes). Lui-même n'en sait rien. Il n'est lui-même qu'un employé.
2(Réfl.) (cf. Soi-même). La bonne opinion qu'il a de lui-même. Il est en contradiction avec lui-même. « Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change » (Mallarmé). Loc. De lui-même : de son chef. Il a agi de lui-même. En lui-même, par lui-même : de par sa propre nature. Qu'il vienne ici pour voir un peu par lui-même, personnellement. — (Renforçant le réfl. se) Il se prend lui-même à son jeu. Il s'impose à lui-même une règle de conduite.

lui pronom personnel masculin et féminin, ou pronom réfléchi de la 3e personne (latin populaire illui, altération du latin classique illī, datif de ille, celui-ci) Pronom atone masculin et féminin, objet indirect d'un verbe : Voilà ce que je lui ai entendu dire. Pronom accentué, uniquement masculin, sujet, attribut du sujet, objet direct, apposition, complément précédé d'une préposition (il peut être renforcé par même : lui-même) : Sans la liberté, l'homme n'est pas lui-même.lui (citations) pronom personnel masculin et féminin, ou pronom réfléchi de la 3e personne (latin populaire illui, altération du latin classique illī, datif de ille, celui-ci) Malcolm de Chazal Vacoas 1902-Port-Louis 1981 L'homme cherche en lui-même ce qu'il ne trouve pas dans les autres, et cherche chez les autres ce qu'il y a de trop en lui. Sens plastique Gallimard Jean Dutourd Paris 1920 Académie française, 1978 Une dupe, c'est un homme trompé, bien sûr, mais non pas tant trompé par les autres que par lui-même. Les Dupes Gallimard Julien Green Paris 1900-Paris 1998 Académie française, 1971 Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui-même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses propres nouvelles. Journal Plon Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. » Essais, I, 28 Commentaire Montaigne parle de son amitié avec La Boétie. Plotin Lycopolis, aujourd'hui Assiout, Égypte, vers 205-en Campanie 270 Le sage est tourné vers lui-même et il trouve en lui toutes choses. Ennéades, III, 8, 6 (traduction E. Bréhier) lui (difficultés) pronom personnel masculin et féminin, ou pronom réfléchi de la 3e personne (latin populaire illui, altération du latin classique illī, datif de ille, celui-ci) Orthographe On écrit lui-même (= lui en personne), avec un trait d'union (comme moi-même, soi-même, nous-mêmes, etc.), mais même lui (= lui y compris), sans trait d'union. Emploi 1. Lui (elle). Pour remplacer un nom de personne, on emploie lui (elle). Jacques n'est jamais disponible, Martine s'est un peu éloignée de lui (et non : s'en est un peu éloignée). Clémentine est encore petite, fais bien attention à elle (et non : fais-y bien attention). Pour les choses et les animaux non familiers, on emploie en et y pour de lui (d'elle), à lui (à elle) : cet endroit vous rappelle trop de souvenirs, il vaudrait mieux vous en éloigner (et non : vous éloigner de lui) ; ce sont mes vacances, et je veux en profiter (et non : profiter d'elles) ; cette question est importante, fais-y bien attention (et non : fais bien attention à elle) ; certains renards ont la rage, par ici, méfie-t'en (plutôt que : méfie-toi d'eux). Pour les animaux domestiques familiers, dont on parle souvent comme de personnes, on peut employer lui, elle : Rex a des puces en ce moment, ne vous approchez pas trop de lui (plutôt que : ne vous en approchez pas trop). 2. Lui précédé d'une préposition. Si lui représente une personne, on peut l'employer après n'importe quelle préposition, sauf dans (que l'on remplace par en) : il a senti en lui l'appel de la mer (et non : il a senti dans lui) ; j'ai dîné avec lui avant-hier ; tu es déjà allée chez lui ? Si lui représente une chose ou un animal, on ne dit pas sur lui, sous lui, dans lui, mais dessus, dessous, dedans : qu'on lui amène un cheval et qu'il monte dessus (et non : sur lui) ; voilà le hangar, vous pouvez mettre votre voiture dessous (et non : sous lui) ; je te donnerai une belle boîte, tu rangeras tes lettres dedans (et non : dans elle). - En revanche, lui placé après les prépositions avec, après, devant, derrière, au-dessus de, etc., peut désigner une chose ou un animal : l'incendie n'a rien laissé derrière lui ; le tracteur roulait au pas et après lui venait un camion ; le taureau était dans le pré, je me suis trouvé juste devant lui. 3. Lui / soi. Lorsque le pronom complément représente le sujet, on emploie soi pour désigner une personne indéterminée, lui pour représenter une personne déterminée : chacun travaille pour soi ; Michel travaille pour lui. - Dans le registre soutenu, en particulier à l'écrit, et dans certaines locutions figées, soi peut être employé au lieu de lui ou d'elle : « Elle hochait la tête, regardant droit devant soi »(Alain-Fournier) ; il traîne tous les cœurs après soi. - Soi est également employé pour éviter une équivoque : « Cependant dona Manuela, laissant comme toujours sa fille s'occuper de soi »(Aubry). 4. Lui sujet d'un infinitif. Je lui ai laissé dire tout ce qu'il voulait / je l'ai laissé dire tout ce qu'il voulait. → lelui (homonymes) pronom personnel masculin et féminin, ou pronom réfléchi de la 3e personne (latin populaire illui, altération du latin classique illī, datif de ille, celui-ci) lui forme conjuguée du verbe luire luis forme conjuguée du verbe luire luit forme conjuguée du verbe luire

lui
Pron. pers. de la 3e pers. du Sing.
rI./r Pron. m. et f. (Plur. leur: V. leur 1). à lui, à elle. Je lui ai causé de la joie. J'ai vu cette femme et je lui ai parlé.
rII./r Pron. exclusivement m.
d1./d Employé avec une Prép. J'ai parlé de lui. Nous avons voté pour lui. Je partirai avec lui.
d2./d Sert de pronom de renforcement et d'insistance. C'est lui qui est le responsable. Lui seul a le droit de parler.
d3./d Joue, dans certains cas, le rôle de complément direct. Qui avez-vous choisi?
Lui, bien sûr! Je veux vous voir, toi et lui.

I.
⇒LUI1, LEUR1, pron. pers.
Lui signifie « à lui, à elle », leur signifie « à eux, à elles »; pronom personnel de la troisième personne des deux genres, invariable, de forme atone; lui/leur joue le rôle d'un régime indirect et est placé avant le verbe, sauf si celui-ci est à l'impératif positif.
I.— Lui/leur en régime indir. [S'emploie pour remplacer un subst. ou un pron. précédé de la prép. à; renvoie le plus souvent à l'animé]
A.— [Compl. d'obj. indir.]
1. [Compl. d'obj. d'un verbe trans. indir.] Georges est faible, sa mère le domine, il lui obéira (BECQUE, Corbeaux, 1882, III, 12, p. 209). Elles vont, elles vont, celles qui sont amoureuses, et qui sont frères de leur amour, et tous leur sourient et les encouragent (MONTHERL., Pasiphaé, 1936, p. 117) :
1. LE PAPE : (...) Je m'attache cet homme; c'est tout. Et je lui fais confiance. MALATESTA : Vous lui faites confiance, ou vous avez confiance en lui? LE PAPE : Je lui fais confiance.
MONTHERL., Malatesta, 1946, II, 5, pp. 478-479.
2. [Compl. d'obj. indir. d'un verbe à double constr., lui/ leur étant l'obj. second.]
a) [Renvoie à l'animé] Sa femme était aux écoutes... Elle lui demande qui a sonné (GONCOURT, Journal, 1888, p. 856). Avant de les faire cuire, elle leur ôte le gésier (GIONO, Regain, 1930, p. 52). Elle leur a servi le café comme les autres jours (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1462) :
2. Et avec ses outils ses fils hériteront, ses enfants hériteront.
Ce qu'il leur a donné, ce que nul ne pourrait leur ôter.
PÉGUY, Porche Myst., 1911, p. 180.
b) Plus rarement. [Renvoie à l'inanimé; représente alors, de préférence à y, une chose déterminée ou personnifiée, notamment avec des verbes comme comparer, conférer, demander, devoir, donner, préférer, prêter] S'il [le commerce] empêche quelquefois le brigandage ouvert, il lui substitue toujours les tromperies cachées (SENANCOUR, Rêveries, 1799, p. 162). Il avait eu des arbres pour amies. Il leur devait dix minutes divines (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 24). Ceux qui grossissent ou inventent les nouvelles qui peuvent nous désoler, en se gardant bien de leur donner une apparence de justification (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 22) :
3. ... j'identifie la réalité de mon corps avec ce que mon corps est pour la perception (...). Ces deux modes d'existence sont irréductivement distincts; (...) si on leur sous-tend un contenu, c'est à condition que ce contenu ne soit pas lui-même pensé comme susceptible d'être donné à une conscience dans un rapport immédiat...
G. MARCEL, Journal, 1914, p. 20.
Rem. 1. Le représentant peut ne pas être exprimé lorsqu'il est suffisamment suggéré par le cont. Elle a sauté sur la berge! (...) c'est prodigieux, ce qu'on leur apprend en Suisse (MEILHAC, HALÉVY, Cigale, 1877, II, 7, p. 77). Est-il possible qu'un hameau perdu dans les bois, si loin des villes... Que leur ai-je donc fait? (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1467). 2. Ell. de l'obj. premier. Leur ouvrir (la porte). Ce fut un valet de chambre en habit et en cravate blanche qui leur ouvrit (ZOLA, Page amour, 1878, p. 811). 3. Avec un pron. pers. compl. d'obj. de la 1re ou de la 2e pers., à lui/à elle s'emploie à la place de lui, à eux/à elles à la place de leur. Donne-toi à eux, à elles. 4. Lui + y ne se rencontre pas, leur + y est rare. Les seuls à ignorer le gala déclaré, et le rôle que Son Altesse leur y destinait (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 131). 5. Lui/leur s'emploie a) avec des choses personnifiées. Tu penses que je vais lui dire vous, à cette oreille? (GIRAUDOUX, Ondine, 1939, I, 2, p. 28). b) lorsque les choses présentent aux yeux du locuteur un intérêt tout particulier. Le fait qu'elle [la maison] contenait un homme mort lui conférait un intérêt momentané (RÉGNIER, Divertiss. provinc., 1925, p. 218).
En partic. [Compl. d'un verbe de perception ou de jugement] Je lui trouve mauvaise mine. Elle éclata d'un rire involontaire, en lui voyant une bosse au front (ZOLA, Nana, 1880, p. 1460). On ne leur connaissait point d'ennemis, ils n'avaient pas été volés (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Parricide, 1884, p. 474) :
4. On me dit que je suis trop optimiste par rapport aux femmes, que je les trouve toutes jolies, ou du moins que je leur trouve à toutes quelque chose de joli.
TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 9.
Plus rarement. [Renvoie à une chose déterminée ou personnifiée] :
5. ... malgré la rigidité de son architecture [d'un bâtiment], malgré la buée morne et fantastique dont il était enveloppé, je lui reconnus, tout de suite, un certain air d'hospitalité cordiale...
VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 158.
3. [Compl. indir. d'un verbe en constr. impers.] Il lui vient une idée, une idée leur vient; il lui faut..., il lui arrive de..., il lui échappe..., lui semble-t-il. Il leur est arrivé un malheur (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 807). Si elle revient, c'est qu'il lui manque quelque chose, sinon elle serait restée sur place (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 259).
B.— [Compl. d'une constr. attributive]
1. [L'attribut est un adj.] Tout leur est bon. Elle avait prononcé ce nom comme s'il lui avait été très familier (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 324) :
6. Le froid de la nuit les faisait s'étreindre davantage; les soupirs de leurs lèvres leur semblaient plus forts; leurs yeux, qu'ils entrevoyaient à peine, leur paraissaient plus grands...
FLAUB., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 5.
Rem. Passif d'un verbe à double constr. Tout leur est dû. Cette salle leur était exclusivement réservée (GIDE, Journal, 1943, p. 206).
2. Littér. [L'attribut est un subst.] Ce lui est une joie, un plaisir, un supplice de + inf. Quitter une heure Giulia, lui semblait comme un amer poison (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 226). Il prononçait avec une émotion touchante le nom de cette enfant qui ne lui était rien, mais qu'il s'était pris à aimer comme sa fille (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 477). De la mort, elle n'a d'ailleurs nul souci. Elle lui paraît une chose de l'enfance, un conte de fées (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1478) :
7. Certains entretiennent positivement leur maladie, bien qu'à leur insu, parce qu'elle leur est un moyen de faire sensation, ou de soumettre autrui à leur service.
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 222.
Rem. Très fam. ou région, avec valeur de poss. Il lui est parent. Il est son parent. Le meunier Martin, qui lui était petit-cousin (POURRAT, Gaspard, 1930, p. 42).
C.— [Compl. d'intérêt, « datif éthique » (intérêt pris à l'action par la pers. qui parle); lui/leur = « pour lui, pour elle/ pour eux, pour elles »] La cantinière s'agitait devant lui (...). On ne faisait que tuer autour d'elle, et on n'avait encore tué personne pour elle. Elle voulait qu'on lui fusillât quelqu'un, à la fin (A. FRANCE, Servien, 1882, p. 246). Elles ne voulaient pas le laisser partir sans qu'il prît quelque chose de chaud. Autrement, il leur rentrerait malade (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1388).
D.— [Jouant le rôle d'un poss.]
1. [Devant un subst. désignant une partie du corps ou du vêtement, ou une faculté de l'âme] Lui/leur serrer la main, lui tirer la manche. Elles avaient de jolis chapeaux à brides. Une plume blanche leur traînait dans le cou, à toutes les trois (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 74). Elle aspire avec délices le vent glacé qui lui rafraîchit les idées (PONGE, Parti pris, 1942, p. 9) :
8. Quand elle l'aperçut, elle lui sauta au cou; et ce fut comme s'il lui enfonçait un couteau dans le cœur, lorsqu'il lui dit sa volonté de ne plus la voir.
ZOLA, Germinal, 1885, p. 1371.
SYNT. Un frisson lui/leur parcourt le corps; un doute lui/leur effleure l'esprit; personne ne lui arrive à la cheville; lui/leur tourner le dos, tirer la langue, fendre la poitrine/le crâne, taper sur la tête, arracher le cœur, tendre les bras, serrer le cœur, secouer les entrailles, traverser les os, fermer la bouche; qqc. lui/leur monte aux lèvres, lui/leur tourne la tête; tout ce qui lui/leur tombe sous la main, lui/leur passe par la tête, lui/leur tient à cœur.
[La partie du corps est en position de suj.] La jambe lui fait mal; la tête lui/leur tourne. Ils regardent, une fois là, et ils respirent. Et le cœur leur bat joyeusement (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 572).
2. [Avec un substantif désignant une affection physique ou une émotion, notamment avec les verbes venir, prendre, saisir] Il lui vient une envie, une envie lui vient; il lui prend un frisson; la fièvre lui a pris; blessure qui lui/leur arrache des cris de douleur. Un baromètre « système Gay-Lussac » pour des expériences de physique, si la fantaisie leur en prenait (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 15). Il lui montait du fond de l'âme un de ces petits mouvements de joie qui animait ses fatigues domestiques (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 74) :
9. Un élancement, une morsure térébrante lui venait du tréfonds de la forteresse, éveillée, ébranlée maintenant du matin au soir par des bottes lourdes.
GRACQ, Syrtes, 1951, p. 132.
II.— Lui/leur en fonction de régime dir. [Comme var. combinatoire de le/la/les en constr. factitive, compl. d'obj. d'un verbe princ. « sujet » d'une prop. inf. dont le verbe a un compl. d'obj. dir. (ou plus rarement un compl. d'obj. indir.)]
A.— [La prop. inf. est régie par l'auxil. factitif faire] V. faire D 2 b et 3 c; v. aussi faire3 D et les pron. pers. le/la/les. Faites-lui/leur, faites-le/la/les recommencer le travail. Ils avaient avec eux un troisième compagnon, bien connu de moi, qui sans doute leur avait fait faire connaissance (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 205). Cette dame ne reviendra pas. Je lui ai fait descendre mon escalier plus vite qu'elle ne l'avait monté (BECQUE, Corbeaux, 1882, II, 9, p. 140).
Loc. verb. Je ne le lui fais pas dire. Il a dit cela spontanément.
Rem. 1. Dans la loc. je lui fais écrire une lettre, lui peut être interprété comme suj. de l'inf. : « il écrit » ou comme compl. d'attribution ou de destination : « il reçoit la lettre ». Elle lui fit récrire qu'elle ne lui demanderait jamais rien (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 118). 2. D'apr. Logos, quand l'inf. est suivi d'un compl. d'obj. dir., on emploie lui/leur et non pas le/la/les; quand l'inf. est suivi d'un compl. d'obj. indir., on emploie lui/leur plus fréq. que le/la/les. Cela le/lui fait penser à.
B.— [La prop. inf. est régie par l'auxil. laisser ou par un verbe de perception comme voir, entendre, sentir] Je lui ai laissé lire cette lettre; je la lui ai laissé lire; je lui ai entendu dire cela. Ces gens-là (...) jouaient un jeu d'enfer (...) je ne revenais pas de leur voir mener un pareil train (VIDOCQ, Mém., t. 1, 1828-29, p. 68). Je lui laisse croire que c'est à son voisin que je parle (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 56) :
10. Il les a laissés s'accrocher à lui et le déchirer; ils lui ont égratigné le visage et mis ses vêtements en lambeaux, parce qu'il refusait de leur laisser conduire la chaloupe, à eux qui étaient ivres.
LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 154.
Rem. 1. Avec lui/leur, laisser signifie « abandonner à quelqu'un le soin de » tandis qu'avec le/la/les, il sert à marquer qu'on ne s'oppose pas à l'acte de quelqu'un (d'apr. BRUNOT Pensée 1953). V. ex. 10. 2. Dans la prop. inf. où le suj. n'est pas exprimé, lui peut être interprété comme suj. Il lui faut. Il faut qu'il. 3. Lui/leur est toujours postposé au verbe à l'impér. positif, et précédé d'un trait d'union. Dites-lui que... Parlez-leur de Dieu, plus encore par vos actes que par vos discours (SAINT-MARTIN, Homme désir, 1790, p. 196). Dites-leur qu'ils sont beaux! Agnès : Leur dire qu'ils sont beaux, intelligents, sensibles? (GIRAUDOUX, Apollon, 1942, 2, p. 23). 4. Lui/leur est toujours postposé au pron. pers. atone compl. d'obj. dir. le/la/les. Dites-le-lui; je le leur dirai. Les conduire jusqu'à cette porte et la leur ouvrir (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 20). On ne lui en donne pas les moyens. — Non, on ne les lui donne pas (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 252). 5. Pour l'ell. pop. de le/la/les (je leur dirai pour je le leur dirai), v. le/la/les. pron. pers. 6. Lui/leur est toujours antéposé à en. Je lui en parlerai; je leur en ai donné; donnez-lui-en. Imposez-leur-en par un ton sérieux (LAMENNAIS, Lettres Cottu, 1820, p. 79). Il lui en coûte d'être obligé de choisir entre tant de pages qui l'ont également ravi (LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 45). 7. Lui/ leur, dans des constr. de la lang. littér., peut être antéposé aux auxil. tels que falloir, pouvoir... Tina, avec espièglerie, lui venait passer ses bras au cou (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 82). Je sais bien que la logique des actes et leur rapport avec les caractères sont assez difficiles à établir rigoureusement, que la vraisemblance morale est chose un peu indéterminée et variable et qu'il lui faut laisser du jeu (LEMAITRE, op. cit., p. 348). 8. Lui/leur peut être employé, comme pléonasme admis par l'usage, en corrél. avec un adj. poss. le renforçant. Voir GREV. 1975, § 427 a rem. Prends l'éloquence et tords-lui son cou! (VERLAINE, Œuvres compl., t. 1, Jadis, 1884. p. 327). Et ses trente servantes Lui peignent ses cheveux (MORÉAS, Cantil., 1886, p. 150). Si on pouvait leur arracher leur âme et la mettre en soi à la place de la sienne! (MONTHERL., Malatesta, 1946, IV, 7, p. 520). 9. Lui/ leur s'emploie dans les tournures fam. pour remplacer le pron. tonique. Leur tomber dessus (pour tomber sur eux), lui courir après (pour courir après lui). L'embuscade d'un monsieur, caché dans les pages de son journal, qui guette, pour leur tirer dessus avec une hausse repérée, ses amis, ses rivaux, ses ennemis (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1939, p. 8). Toujours à crier, à faire le chien de garde, à leur tourner autour avec des lainages pour qu'elles ne prennent pas froid (ANOUILH, Antig., 1946, p. 141).
Prononc. :[], []. Dans les ex. suiv., sous des notat. non orth., liaison impropre et forme tronquée, sans r : vous devez leur z'en vouloir (VIDOCQ, Mém., t. 1, 1828-29, p. 221), on leurzy fait tonneur [honneur] (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 33), à côté d'leux femmes (LECLERCQ, Prov. dram., Savet. et financ., 1835, 2, p. 210), je leux y dirai (BALZAC, C. Birotteau, 1837, p. 350). Étymol. et Hist. LUI. I. Pron. pers. de la 3e pers. masc. sing. tonique. A. Cas régime 1. ca 881 à la place du pron. réfl. pour renvoyer au suj. de la prop. (Ste Eulalie, éd. HENRY Chrestomathie, 28 : ... et a lui nos laist venir [Christus]); cf. ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2382 : Mais lui meïsme ne volt mettre en ubli); 2. ca 881 après une prép. (Ste Eulalie, éd. citée, loc. cit.); fin Xe s. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 211 : De lui [Jesus] long temps mult a audit [Herodes]); mil. XIe s. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 535 : Par lui [St Alexis] avrum, se Deu plaist, bone aiude); 1174-76 terme d'appel déterminé par une prop. rel. (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 1733 : Deus est en lui, fait il, ki aime verité); 3. fonction de pron. régime dir. atone [= le] a) 2e moitié Xe s. le pron. est séparé du verbe qu'il précède; v. note de l'éd. (St Léger, éd. J. Linskill, 12 : Que [Ewruins] lui a grand torment occist); b) fin Xe s. le pron. est placé en fin de prop. (Passion. éd. citée, 354 : La soa madre virgo fu Et sen peched si portet lui); c) ca 1100 en coordination avec un pron. [ou un nom] (Roland, éd. citée. 380 : Mult grant mal funt e cil duc e cil cunte A lur seignur, ki tel cunseill li dunent : Lui e altrui travaillent e cunfundent). B. Fonction de suj. a) 1160-74 en coordination (WACE, Rou, éd. J. Holden, App., 420); b) ca 1393 en prop. ell. (Ménagier, II, 289 ds T.-L. : qu'ils le voient [l'oiseau dressé à la chasse, en parlant des chiens] et luy eulx). II. Remplace le pron. pers. atone masc. correspondant, cas régime indir., li [Li : 842 (Serments, éd. HENRY Chrestomathie, 22, p. 2 : in nulla aiudha contra Lodhuuuig nun li [Karlo] iu er); 1re moitié Xe s. (Jonas, éd. G. de Poerck, 146; 149 : por qe Deus cel edre li donat a sun souev : 2e moitié Xe s. (Jonas, éd. G. de Poerck, 146; 149 : por qe Deus cel edre li donat a sun souev); 2e moitié Xe s. (St Léger, éd. citée, 46 : Sa gratia li perdonat)] 1. 1re moitié Xe s. après une conj. (Jonas, éd. citée, 218 : e tels eleemosynas ent possumus facere qe lui ent possumus placere); mil. XIe s. (St. Alexis, éd. citée, 65 : Mais lui est tart quet il s'en seit turnet); 2. 2e moitié Xe s. par recherche d'expressivité (St Léger, éd. citée, 20 : Didun, l'ebisque de Peitieus, Lui l comandat ciel reis Lothiers); mil. XIe s. id. (St Alexis, éd. citée, 373 : Lui le consent ki de Rome esteit pape), cf. G. MOIGNET, Gramm. a. fr., p. 134; 3. fin Xe s. au début d'une prop., spéc. d'une indép. interr. (Passion, éd. citée, 497 : Lui [Satanas] que aiude?); 4. mil. XIe s. devant un inf. régi par une prép. (St Alexis, éd. citée, 383 : E que l'imagine Deus fist pur lui parler); 5. ca 1100 régime des verbes unipersonnels (Roland, éd. citée, 519 : ... se lui plaist). À partir du XIIIe s., lui remplace de plus en plus souvent, et dans tous les emplois. li masc. atone et finit par le supplanter en m. fr. (G. MOIGNET, op. cit., p. 39; F. DE LA CHAUSSÉE, Morphol. hist. a. fr., § 62). III. Remplace le pron. pers. fém. atone, cas régime indir., li [LI : ca 881 (Ste Eulalie, éd. citée, 13 : Il li enortet... Qued elle fuiet lo nom christiien); mil. XIe s. (St Alexis, éd. citée, 63; 64; 71 : Quant sa raison li [sa spuse] a tute mustrethe)] 1318-22 lui (Renart le Contrefait, éd. H. Lemaître et G. Raynaud, 1re branche, 1762 : De jour le tient comme sa femme, et de nuit lui [à Cardionet] fait tel diffame). LEUR. Pron. pers. de la 3e pers. du plur., masc. et fém., atone, cas régime indir. 1re moitié Xe s. (Jonas, éd. G. de Poerck, 125 : lor peccatum lor dimisit). Lui est issu d'un lat. vulg. (TLL signale une forme illui, peu sûre, s.v. ille, 341, 10), réfection de illi, datif sing. du dém. lat. ille (v. il et le art. déf. d'apr. , datif sing. du rel. qui, v. qui; [] ne portant pas l'accent sur la 1re syll. a subi l'aphérèse, fait prob. ant. à 271, le corresp. roum. étant lui (F. DE LA CHAUSSÉE, op. cit., § 53). L'a. fr. li pron. atone masc. et fém. régime indir. est issu, avec aphérèse, de illi, datif sing. de ille [cf. le pron. roum. corresp. li]; v. aussi VÄÄN., § 276. Leur est issu du lat. illorum, v. leur3. Bbg. V. lui2.
II.
⇒LUI2, ELLE2, EUX, ELLES2, pron. pers.
Pronom personnel non-prédicatif de la troisième personne, forme tonique (lui masculin singulier, elle féminin singulier, eux masculin pluriel, elles féminin pluriel) correspondant aux pronoms personnels il(s), elle(s), de forme atone (voir il1); peut assumer toutes les fonctions du substantif et s'employer avec toutes les prépositions et locutions prépositives, excepté les prépositions temporelles depuis, dès, durant, passé, pendant, aussitôt; représente le plus souvent des animés ou des inanimés personnifiés.
I.— Emploi non réfl.
A.— Emploi prép. [Lui, elle(s), eux représentent le plus souvent des pers., parfois des animaux ou des choses, surtout personnifiées ou déterminées; en fonction de compl. d'obj. indir., de compl. circ., de compl. déterminatif ou de compl. d'adj.]
1. À lui, à elle, à elles, à eux
a) [Compl. d'obj. indir. de verbes conjugués à un mode personnel construits avec la prép. à]
[exprimant le mouvement (avec des verbes comme aller, arriver, courir, etc.)] Vers cette/ces personne(s). Allez à lui; il courut à elle. Car tout vient du Seigneur, et tout retourne à lui (VIGNY, Poèmes ant. et mod., 1837, p. 207). Ils y vont, ils le touchent juste de la voix, sans s'approcher, et c'est mon Alphonse qui va à eux (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 32).
Rem. Pour désigner des choses ou des lieux, y remplace à lui, à elle, etc. Il s'y est adonné (aux sciences); il y est parvenu (au sommet).
[exprimant une activité mentale (avec des verbes comme penser, rêver, songer à)] Ces fameux tilleuls la faisaient pleurer le dimanche, puis elle songeait à eux tout le reste de la semaine (STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 54) :
1. Simone montait l'avenue de Laon, pour gagner le bureau où elle était dactylo, juste à l'heure où je partais pour le lycée, je n'ai jamais osé lui parler. Je pensais à elle, je pensais à elle...
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 211.
[comme compl. d'obj. d'autres verbes trans. indir. ou de certains verbes pronom. constr. avec la prép. à] Adressez-vous à elle; renoncez à lui; personne ne fait attention à lui; se fier à, s'attacher à, s'intéresser à lui, à elle, à elles, à eux. En approchant des fermes, ils apercevaient une ou deux personnes les attendant pour se joindre à eux (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Père Amable, 1886, p. 222). Les non-anarchistes préféraient avoir affaire à lui plutôt qu'aux chefs de la F.A.I. (MALRAUX. Espoir, 1937, p. 450). Qu'est-ce qu'un dieu pour que je désire m'égaler à lui? (CAMUS, Caligula, 1944, I, 2, p. 27).
Rem. Renforcé par même ou seul. Agnès : Comme il est beau! Le Monsieur de Bellac : Dites-le à lui-même (GIRAUDOUX, Apollon, 1942, 2, p. 30).
[comme compl. d'obj. second de verbes à double constr.] Nous parlerons de vous ce soir avec le chancelier; ayez patience, c'est moi qui vous recommande à lui (MUSSET, Quenouille Barb., 1840, I, 3, p. 290) :
2. — Quel est donc ce Valdo dont tu parles à tout propos?
— Je vais te le présenter à l'instant, ou, plutôt, je vais te présenter à lui.
DUHAMEL, Jard. bêtes sauv., 1934, p. 18.
b) [Pour indiquer l'identité ou l'appartenance, avec le présentatif c'est]
C'est + adj. + à lui/à elle(s)/à eux. C'est gentil à lui (de + inf.); c'est aimable à elle. V. aimable ex. 66.
[Avec ell. de c'est] Que le poète ou le romancier se contente ici d'une confusion répugnante, libre à lui (PAULHAN, Fleurs Tarbes, 1941, p. 9).
C'est à lui que. C'est à lui qu'ils souhaitèrent heureux voyage, c'est à lui qu'ils dirent adieu (GIRAUDOUX, Simon, 1926, p. 15). Mon cœur, si ma raison lui donne tort de battre, c'est à lui que je donne raison (GIDE, Nouv. Nourr., 1935, p. 260).
C'est à lui/à elle(s)/à eux + à/de + inf. Il lui/leur incombe de, il lui/leur appartient de. V. ce1 II A 1 a ex. de Verne et être ex. 105.
[Avec ell. du présentatif] À lui de jouer; à elle de s'arranger. Je suis décidé à accepter la place; à eux de juger si elle vaut mieux que ce que j'avais en vue (M. DE GUÉRIN, Corresp., 1834, p. 160). Suis-je de marbre? À eux de me faire de chair! (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 70).
[ou avec le verbe être, exprimé ou non] Et ils me donneront en échange le royaume des cieux, car il est à eux (MUSSET, On ne badine pas, 1834, III, 7, p. 74). À eux les expéditions maritimes, c'est bien ce qu'il leur faut (MONTHERL., Maître Sant., 1947, I, 6, p. 620) :
3. À l'esclave, à ceux dont le présent est misérable et qui n'ont point de consolation dans le ciel, on assure que le futur, au moins, est à eux. L'avenir est la seule sorte de propriété que les maîtres concèdent de bon gré aux esclaves.
CAMUS, Homme rév., 1951, p. 241.
c) [Pour indiquer la possession, la parenté, l'appartenance, après un subst.] Qui lui/leur appartient en propre (cf. sien). Une maison à lui; un ami, un oncle à elle; une allure bien à lui, bien à elle; il n'a pas un moment à lui. Une de leurs nièces (...), fille d'un cousin à eux, nommé Miel (STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 39). Il avait une façon bien à lui de leur prendre la tête sous le bras ou de leur tirer les cheveux ou de leur donner de gracieux coups de pied au derrière (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 27).
En partic. [Empl. en corrélation avec un adj. poss. de la 3e pers., pour renforcer ou préciser l'idée de possession] En sa propre chambre, à lui, Augustin (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 379). Cette touche familière, quelque peu vulgaire qui mettait le jeune homme sur son plan à elle (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 11) :
4. ... c'est pour une raison que j'ignore, mais que je pressens, pour une raison qui lui ressemble, par servitude stoïque à quelque point d'honneur — son honneur, son honneur à lui, car il n'est qu'un honneur à son usage...
BERNANOS, Dialog. ombres, 1928, p. 51.
♦ [ou pour renforcer un pron. poss. de la 3e pers.] L'allusion à la mémoire impressionnante de M. Henri Desgrès l'inquiétait autant. La sienne, à lui Augustin, n'était-elle pas exposée aux mêmes épithètes? (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 171).
d) [Après un terme de même fonction, subst. ou pron., coordonné, juxtaposé ou en prop. comparative] Ne dites rien ni à sa femme, ni à lui; je l'ai dit à son frère et à lui; adressez-vous à lui plutôt qu'à elle. C'est un brave militaire, c'est l'honneur du pays, et jamais on ne s'aviserait de manquer à lui et aux siens (SCRIBE, VARNER, Mariage raison, 1826, II, 8, p. 402).
e) [En appos. au compl. d'obj. indir. (leur repris par à eux/à elles; lui (atone) repris par à lui/à elle)] Quel bonheur avait-il goûté, quelle grandeur lui restait-il, à lui qui voulait tout mettre à ses pieds? (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 333). Tremblante à la pensée de ce qui aurait pu lui arriver à elle (PROUST, Sodome, 1922, p. 1031). Oh! à eux, je le leur dirai, soyez sûr (ANOUILH, Répét., 1950, II, p. 44) :
5. — Tu ne lui as pas demandé de reçu. — C'est vrai. Pas de pièces de caisse : ma société me fait confiance. — Sans doute. Et à lui? Tu lui fais confiance?
DUHAMEL, Nuit St-Jean, 1935, p. 30.
[Coordonné à un subst. ou à un autre pron.] Il leur arrivait souvent à Lancelot et à lui, en causant, de juger M. Bourdoise (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 1, 1840, p. 423). L'ébranlement et la fissure de ces murailles autour de lui qui lui barraient le salut, Je dis à lui et à cette multitude avec lui qu'il implique obscurément (CLAUDEL, Soulier, 1929, 1re journée, 1, p. 654).
Rem. En antéposition, à lui/à eux peut se réduire à lui/eux (dans la lang. parlée). Eux on ne leur dit rien (MONTHERL., Ville dont prince, 1951, I, 1, p. 853).
f) [Dans les tours à valeur d'appos.]
À lui (tout) seul, à elle (toute) seule, à eux (tout) seuls, à elles (toutes) seules. [Pour indiquer que des pers. ou des choses produisent d'elles-mêmes un effet quelconque sans qu'il soit nécessaire d'ajouter autre chose]
♦ [En parlant d'animés] Sans se faire aider, sans l'aide, sans la coopération d'autrui. Il en avait consommé déjà (...) plus de trois mille boîtes à lui tout seul (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 225).
♦ [En parlant de choses] Sans l'aide ou l'adjonction d'autre chose. Le service à la russe, où les hors-d'œuvre sont à eux seuls tout un véritable repas (HERMANT, M. de Courpière, 1907, II, 11, p. 20). Je continue avec méthode mes efforts de réadaptation. Exercice de volonté qui, à lui seul, est déjà salutaire (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 914).
À eux deux, à eux trois, à eux tous. [Pour indiquer, par le nombre cardinal ou par tous, que ce que l'on dit n'est vrai que si l'on prend ce nombre en entier] Ils ont quarante ans à eux deux (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 94).
2. De lui, d'elle, d'elles, d'eux. [Avec toutes les fonctions d'un compl. introd. par la prép. de, compl. d'adj. (je suis content de lui, d'elle, d'elles, d'eux), de subst. (un portrait d'elle), de verbes et de loc. verb. constr. avec de (compl. d'obj. indir., compl. circ., etc.)] Voyez-vous, mes filles, les bonnes gens nous jugent très différentes d'eux (BERNANOS, Dialog. Carm., 1948, 3e tabl., 6, p. 1627). Je suis sans nouvelles d'eux depuis le 1er juin (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 12).
Rem. Dans ces emplois, le pron. ne représente ni un animal (montez dessus et non montez sur lui) ni une chose (n'en approchez pas [de cet arbre]).
En partic.
a) [Pour marquer l'appartenance ou la provenance, comme compl. déterminatif ou à la place de l'adj. poss. quand celui-ci n'est pas de mise] L'idée est de lui; cela vient d'elle. Et que nous obtenons, en quelque sorte, des paroles de lui que le souvenir n'aura même pas à déformer (GIDE, Robert, 1930, p. 1316). Il y a de lui [Euripide] une tragédie perdue, intitulée également Les Crétois, dont nous ne savons rien ou presque rien (MONTHERL., Pasiphaé, 1938, av.-pr., p. 105).
b) [Pour marquer le point de départ d'un mouvement] Si je n'avais pas Cécile, je m'en irais, oui, je m'en irais d'eux tous (DUHAMEL, Terre promise, 1934, p. 169).
c) [En alliance avec les indéfinis, d'eux, d'elles est à rattacher à l'emploi partitif de la prép. de1] Aucun d'eux, aucune d'elles, chacun d'entre eux; un d'eux, l'un d'eux, l'un d'entre eux, l'une d'entre elles, la plupart d'entre eux; quelqu'un d'eux, quelqu'un d'entre eux, nul d'eux, tel d'eux. À qui d'eux eût-on persuadé que je ne travaillais pas pour moi seul, pour mes avantages personnels? (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 463). Sa rêverie, d'abord éparse sur tous les praticiens qu'il avait connus, se rassembla et convergea sur l'un d'entr'eux (HUYSMANS, À rebours, 1884, p. 65).
Pop. Quelques-uns d'eux autres. Depuis le commencement, y en a quelques-uns d'eux autres qui ont été tués par un malheureux hasard (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 138).
d) [Dans le gallicisme exclamatif pauvre d'eux! pauvres d'elles!] V. pauvre et moi.
Rem. 1. Pour en, substitut de de lui pour des pers., v. en. 2. Lui tonique peut représenter un inanimé en l'absence d'un tour concurrent après une loc. prépositive contenant déjà de. Je peux citer ce fait parce que mon séjour à Balbec me mit au courant de lui (PROUST, Guermantes 1, 1920, p. 268).
3. [Avec d'autres prép. ou loc. prépositives] Par lui, avec lui, en lui; excepté lui; quant à elle; entre eux, entre lui et elle.
a) [Très souvent avec un subst. représentant des pers.] Il était drôle et amusant, et, avec lui, il y avait toujours — comme disait l'Abbé — de l'imprévu (GYP, Souv. pte fille, 1927, p. 72) :
6. Vous savez comme j'aime les lettres en général et tout lettré en particulier. Je me sens vivre en eux; quand ils souffrent, je souffre avec eux; quand ils espèrent, j'espère avec eux; quand ils travaillent je suis avec eux. Il me semble que mon cœur a des fibres qui répondent au cœur de chacun d'eux.
HUGO, Corresp., 1845, p. 619.
Entre eux, entre elles. Mutuellement, réciproquement, l'un avec l'autre, les uns avec les autres. Quelques poètes et un jeune et grand peintre réellement unis entre eux et avec lui par des rapports intimes d'amitié et de voisinage (SAINTE-BEUVE, Poés., 1829, p. 65). Et les pleurs et les chants sont les voix éternelles De ces filles de Dieu qui s'appellent entre elles (MUSSET, Coupe, 1832, I, 1, p. 272).
b) Rare. [Avec un subst. représentant un animal ou une chose, surtout personnifiée] Le solitaire se ramasse (...). Deux balles coup sur coup l'abattent. Le limier se jette sur lui (PESQUIDOUX, Chez nous, 1923, p. 11).
Rem. 1. ,,Après les prépositions, on emploie souvent cela, mais l'emploi de lui tend à se répandre. Lui se dit néanmoins des choses avec les prép. avec, après, devant, derrière, au-dessus de, etc.`` (THOMAS 1956). 2. L'omission du pron. pers. tonique est fréquente, notamment dans la lang. fam., et lorsque le subst. désigne un animal ou une chose non personnifiés, après des prép. comme après, avec, devant, derrière, dessous, dessus, qui ont alors un emploi adv. : contre peut devenir là(-) contre; dans la lang. pop., autour de, en face de deviennent autour, en face. Un écheveau de crins rattaché à un anneau de cuivre que le musicien passe dans son pouce, il tire dessus en jouant pour lui donner le degré de tension nécessaire (DU CAMP, Nil, 1854, p. 117).
c) Chez lui, chez elle, chez eux
À la maison, à son/leur domicile. Je la remis chez elle; je lui souhaitai le bonsoir (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 186). J'ai pris pour vous rendez-vous jeudi à 3 heures, chez eux, 33 rue de Seine (BALZAC, Corresp., 1841, p. 260). Le café qu'on buvait chez lui était exquis (TAINE, Notes Paris, 1867, p. VII).
Au fig. Dans sa/leurs personne(s), son/leur esprit, son/leur caractère, son/leur clan, sa/leur classe. Chez eux [des conseillers], c'est la tête et non le bras qui agit (BALZAC, Splend. et mis., 1844, p. 13). L'ascenseur, dont il me pria de le laisser manœuvrer les boutons, c'était chez lui une manie (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 314). Chez lui le geste ou la parole précédait toujours l'émotion ou la pensée (GIDE, Geneviève, 1936, p. 1352).
4. Littér. (ou dans la lang. jur. ou admin.). [Devant un part. passé sans auxiliaire, le pron. pers. tonique compl. d'obj. indir. ou compl. d'attrib. introd. par la prép. à, ou plus rarement avec d'autres prép. comme de, par, pour, etc., est antéposé] Ils rempliront les conventions par eux souscrites (LAYA, Ami loix, 1793, II, 3, p. 38). Cette société d'illustres égaux (...) s'entretenant ensemble dans une langue d'eux seuls comprise (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 502). Un coffre rempli de poulets flairant le musc et le benjoin, à lui adressés par une foule de personnes de qualité (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 33).
[Devant un adjectif] Des raisons à lui particulières. Son tourment à lui spécial, c'était les fourmis rouges (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 224).
B.— Emploi non prép. [Le pron. pers. tonique peut assumer toutes les fonctions non prép. d'un subst. ou d'un pron. dans la phrase; à l'opposé des formes atones, les formes toniques peuvent être séparées du verbe par une appos., par une rel., ou peuvent être coordonnées]
1. [En fonction de suj.]
a) [Suj. prédicatif; forme d'insistance, ou pour s'opposer à un autre pron. pers.; parfois séparé du verbe par une virgule ou par un membre de phrase, à la différence du pron. atone il(s)1, elle(s); non commutable avec moi ou toi, ces pron. ne pouvant être qu'apposés à un suj.] À l'asile, on les plaisantait, on disait à Pérez : « C'est votre fiancée ». Lui riait (CAMUS, Étranger, 1942, p. 1132) :
7. Les passans qui me voyaient auraient pu dire : Voilà un fidèle croyant. Mais eux priaient, et moi j'écoutais; eux adoraient, et moi je cherchais à adorer...
QUINET, All. et Ital., 1836, p. 196.
[Parfois séparé du verbe] Eux, nous étonnaient par leurs principes dégénérés; et nous, nous les étonnions par nos idées et nos mœurs nouvelles (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 112). Il la boudait (...). Elle pourtant, à chaque minute, (...) semblait l'inviter à être aimable (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1180).
Lui + rel. Lui qui aimait faire l'homme d'importance, s'oubliait (POURRAT, Gaspard, 1925, p. 12).
Lui renforcé par aussi, au moins, du moins, non plus, seul, ou par un adj. numéral cardinal, ou par tous. Eux deux, elles toutes. Napoléon : (...) Je demande mes maréchaux (...). Santini : Ils ont pris la route de Paris (...). Caulaincourt : Vous le voyez, sire; eux aussi vous abandonnent (DUMAS père, Napoléon, 1831, IV, tabl. 14, 2, p. 99).
Lui-même (non réfl.; v. aussi même). Marguerite : je ne reverrai jamais mon fils! et qui peut en répondre, madame? La marquise : Lui-même ignorera qui il est (DUMAS père, Jones, 1838, V 2, p. 195). Et que veux-tu savoir, quand lui-même ne sait rien encore? (CLAUDEL, Père humil., 1920, I, 1, p. 485).
b) [Suj. coordonné à un subst. ou un pron.] Eux et moi serons contents (VILLIERS DE L'I.-A., Corresp., 1878, p. 242). Pas une minute, ni eux, ni personne, ne soupçonnèrent l'épouvantable vérité (MIRBEAU, Journal femme ch., 1900, p. 147).
[ou suj. d'une prop. comparative ell.] Frère sombre et pensif des arbres frissonnants, Tu laisses choir tes ans ainsi qu'eux leur feuillage (HUGO, Contempl., t. 2, 1856, p. 129) :
8. Et moi aussi, je suis comme eux. Mais quoi! La mort n'est rien pour les hommes comme moi. C'est un événement qui leur donne raison.
CAMUS, Peste, 1947, p. 1316.
c) [Suj. d'une prop. ell.] La soirée était chaude, et des papillons venus du jardin tournoyaient autour des bougies. Eux aussi! répliqua ironiquement le petit bossu (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p. 49) :
9. Quelles tourtes, ces examinateurs! L'esprit le plus obtus aurait compris que, par ce temps écrasant, nous composerions en français plus lucidement le matin. Eux, non.
COLETTE, Cl. école, 1900, p. 199.
d) [Suj. d'un inf. de narration] Et lui de renchérir, de répliquer, de conclure. Et lui de cornemuser et nous tous de trépigner comme des fous (SAND, Maîtres sonneurs, 1853, p. 96). Eux, alors, de lâcher leur fardeau (...) et puis de s'enfuir à toutes jambes (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 46).
e) [Suj. d'une prop. part. abs., ell. du verbe être] La jeune fille qu'il a conduite à cette ferme, il y a six semaines, lui déguisé en ouvrier (SUE, Myst. Paris, t. 2, 1842-43, p. 280). Cependant, lui parti, M. Baslèvre n'aurait pu agir autrement (ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 18). Je ne parviens pas à résister à dire, à formuler, eux absents, ce fond de ma pensée (DU BOS, Journal, 1926, p. 31) :
10. En vain Rachel, puis Théophile Gautier ou Victor Hugo ont-ils tenté de rendre à l'enclos déserté une vogue éphémère : eux partis, un abandon définitif s'est appesanti sur ce lieu plein d'histoire.
ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919 p. 3.
2. [Dans les autres fonctions, toujours en cont. prédicatif]
a) [En tournure ell., dans des phrases interr., exclam., le pron. formant à lui seul la question ou la réponse] Vous l'avez joint au téléphone? — Lui-même (? en personne). Oh! lui alors! Encore lui! Toujours lui! Impossible... Dites-lui que je ne pense recevoir aucun journaliste... Non, même pas lui! (MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p. 473).
En partic. [Phrases exclam. à valeur affective] Cette grossesse l'exaspérait. Lui qui prenait tant de précautions! (ZOLA, Terre, 1887, p. 242). — Mais tous semblaient ravis? — Oh! Eux!... (MALRAUX, Conquér., 1928, p. 19).
b) [En coordination avec un subst. ou un pron.] J'embrasse ton mari, et toi, et lui, et toi encore (HUGO, Corresp., 1843, p. 607). Vous lui donnez un emploi chez vous (...) en vertu d'un traité qui n'engage ni lui ni vous pour un temps déterminé (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 436).
c) [En tournure compar.] Je vous confie la lettre ci-jointe écrite à Dubochet, prenez-en connaissance car elle vous regarde ainsi que lui (BALZAC, Corresp., 1844, p. 664).
d) [Après le présentatif c'est ou il y a ou dans la tournure c'est... qui/que] C'est bien elle. Toutes lui ressemblaient,ce n'était jamais elle (MUSSET, Namouna, 1832, p. 433). Ils jouaient l'indifférence, ce n'étaient pas eux (ZOLA, Page amour, 1878, p. 1041). On a sonné! On vient! C'est eux! (GIRAUDOUX, Lucrèce, 1944, II, 4, p. 129).
♦ [P. allus. littér. à Montaigne (Essais, I, 27, De l'amitié)] Inutile de chercher d'autres raisons que celle-ci : « Parce que c'était eux, parce que c'était moi... » (MAURIAC, Th. Desqueyroux, 1927, p. 253).
C'est lui qui/que/dont, etc. Ce n'étaient pas eux qui fuyaient les détails, mais les détails qui les fuyaient (BAUDEL., Salon, 1846, p. 150). Les idées nouvelles ne peuvent être vaincues que par elles-mêmes, ou plutôt ce sont elles qui vainquent leurs adversaires (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 521). C'est bien lui surtout que je suis venu voir (GIDE, Journal, 1905, p. 151) :
11. Était-ce lui qui avait discrètement renvoyé Marika? N'était-ce pas elle plutôt qui s'était enfuie, effrayée par l'aspect du pays, ou doutant de mes promesses, ou craignant la colère des personnes dont je dépendais?
LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 185.
En partic. [En phrase exclam.] C'est lui qui sera content! C'est lui, oui, qui a de la chance! (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 79).
[Après le tour présentatif il y a servant de mise en relief] Oh! mon Dieu, s'il n'y avait pas Vous! Il s'entendit murmurer à voix presque haute : « S'il y a Lui, il est bien caché » (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 315).
Emploi subst. Dira-t-on que pour Dieu ces adhérences se rompent? Mais il est facile de voir que Dieu ainsi défini n'est en rien pour moi et que je ne suis en rien pour lui. Rien si ce n'est un lui qui ne pourra jamais devenir un toi (G. MARCEL, Journal, 1918, p. 137).
e) [Après le tour restrictif ne... que] Je n'ai trouvé que lui qui m'ait parlé sentiment d'une manière attachante et vraie (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1630). Et je n'ai plus trouvé de grand dans l'univers que lui et son auteur (DELACROIX, Journal, 1822, p. 19). Il n'y avait plus qu'eux sur la terre (CHAMPFL., Bourgeois Molinch., 1855, p. 293).
f) [En fonction d'appos.]
) [au suj., ce dernier étant un subst., un pron., ou un pron. atone de la même pers. et du même genre : lui, il..., elle, elle..., eux, ils..., elles, elles...; le pron. tonique est parfois séparé du verbe par une virgule ou par un membre de phrase] Et ceux qui ont perdu la vie, n'ont-ils rien perdu, eux? (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 311). Vous sauvez la vie aux gens, et après vous les oubliez! Oh! c'est mal! eux ils se souviennent de vous! (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 562) :
12. Pour un blessé que nous soignons par hasard, pour un enfant à qui nous donnons à manger, la guerre infatigable en fait par centaines, elle, et tous les jours, des blessés, des malades et des abandonnés.
PÉGUY, Myst. charité, 1910, p. 20.
[Accompagné d'un compl. circ. de constr. dir.] Nous passâmes encore un pont, lui, son sac de jouets sur l'épaule, moi, un fragile carton aux doigts (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 254).
En partic.
♦ [Dans les prop. part. (lui + part. prés. ou part. passé)] Et nous allions tous deux, lui pensant, moi rêvant (HUGO, Feuilles automne, 1831, p. 775). Ils couraient par la plaine vide et rase, lui ballonné dans sa blouse, elle échevelée, son bonnet au poing, tous les deux répétant les mêmes mots, grondant comme des bêtes traquées (ZOLA, Terre, 1887, p. 449).
♦ [Dans une énumération, pour expliciter un pron. pers. sing. ou plur.] Il est certain qu'elle me déplaît, elle, sa foulure et son bouillon (MUSSET, Il ne faut jurer, 1840, II, 1, p. 126). Nous étions restés orphelins, moi à cinq ans, lui à dix-huit (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 633). Il périt tout entier, lui et sa vile carcasse! (CLAUDEL, Choéphores, 1920, p. 924).
Fam. [Après un autre suj. en appos. et le renforçant] Les Japonais, eux, ils ne demandent pas tant de choses (GONCOURT, Journal, 1876, p. 1151).
Rem. On relève a) une forme pop. eusses : Eusses, ils ne connaissent rien (FRANCE, Crainquebille, 1905, tabl. 1, 3); b) une forme pop. ou région. (Canada) eux autres : Et eux autres maintenant, (...) ils disent que nous sommes morts (CLAUDEL, Agamemnon, 1896, p. 882). Ce sont des dames riches qui apportent des jouets aux petits garçons malades, ou d'autres enfants, qui en ont plus qu'ils en veulent, eux autres (ROY, Bonheur occas., 1945, p. 277).
) [au compl. d'obj. dir. (souvent pour reprendre un pron. pers. atone)] Vous verrez le directeur général lui-même. Mais eux ça les tentait pas l'aventure (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 232) :
13. Les aquarelles de Cézanne constituent un chapitre à part, et pour lequel mes connaissances actuelles sont encore trop déficientes. Je les admire, elles, sans réserve...
DU BOS, Journal, 1928, p. 134.
En partic.
♦ [En coordination (souvent pour dédoubler un pron. pers. atone au sing. ou au plur.)] Je les considérais avec surprise, eux, leurs armes et leur accoutrement (DUSAULX, Voy. Barège, t. 1, 1796, p. 229). On les accuserait tous deux, lui d'un manque de franchise, elle de l'oubli de ses devoirs (DURANTY, Malh. H. Gérard, 1860, p. 103). Je sais qu'il déteste le bruit, qu'il désire qu'on ne le mette, ni lui, ni les siens, en scène (HUYSMANS, En route, t. 1, 1895, p. XIV).
Lui qui. Pourquoi l'avaient-ils crucifié, lui qui chérissait les enfants (...)? (FLAUB., Cœur simple, 1877, p. 26).
Vx. Lui + adj. numéral ordinal. Quel beau rôle Que celui d'un nigaud qui gémit et qui piaule, Et qui de vers connus dans un livre-glaçon, Nous donne, lui centième, une contrefaçon! (POMMIER, Crâneries, 1842, p. 161). On le ramassa sous les balles, lui troisième, à l'assaut d'un village (P. MARGUERITTE, Simple histoire, p. 297 ds LE BIDOIS 1967, t. 1, § 288) :
14. Zeus ayant rempli son cœur de l'art divin
L'établit, lui quatrième en ce siège par ordre chronologique,
Prophète du dieu son père, Loxias, tel qu'encore il est aujourd'hui même.
CLAUDEL, Euménides, 1920, I, p. 950.
g) [En fonction d'attribut prédicatif] Tout ce qui n'est pas lui; je ne voudrais pas être lui (= je ne voudrais pas être à sa place). Dans sa création le poëte tressaille; il est elle, elle est lui (HUGO, Contempl., t. 1, 1856, p. 74) :
15. Bouvard et Pécuchet m'emplissent à un tel point que je suis devenu eux! Leur bêtise est mienne et j'en crève.
FLAUB., Corresp., 1875, p. 237.
h) Fam. [En fonction de thème, ne renforçant ni le suj. ni le compl. d'obj. et signifiant, dans des tours ell., « pour lui, quant à lui »] Lui, très troublé; elle... ses lèvres tremblaient un peu (ROLLAND, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1437). Chacun ses monstres, eux c'était l'Amérique leur bête noire (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 233) :
16. Et lui aussi, le vieux Peuch, il a tout son menu sur son gilet. Mais, lui, ce n'est pas de l'œuf. Il n'en mange plus, à cause du foie. C'est de la sauce béchamel ou quelque autre saleté de cette espèce.
DUHAMEL, Passion J. Pasquier, 1945, p. 21.
i) [Avec valeur d'oppos.] Racine s'est trouvé là : autant valait, je crois, pour modèle choisir lui qu'un autre (DUMAS père, Charles VII, 1831, préf., p. 230).
Rem. Pour éviter soit une équivoque, soit un sens trop concr., on emploie après le verbe le pron. compl. d'obj. dir. tonique et on laisse devant le verbe le pron. atone de la 1re ou de la 2e pers. compl. d'obj. indir. ou d'attribution. Cette lettre m'apporte, lui tel que je l'ai connu; elle me rappelle lui en ce moment. ,,Ces cas sont (...) assez rares et leur correction sera contestée par beaucoup`` (SANDF. t. 1 1965, § 43).
II.— Emploi réfl.
A.— Lui/elle(-même), eux/elles(-mêmes)
1. Emploi réfl. déterminé
a) [Comme compl. prép.]
) [Le subst. déterminé masc. ou fém. désigne une pers.] Il est maître de lui, sûr de lui. Elle attira Jean contre elle (...) et, d'un coup de hanche l'élevant de terre, se mit à danser avec lui (A. FRANCE, Servien, 1882, p. 53). La concierge, qui était une brave femme, le lava et tenta de le faire revenir à lui (COCTEAU, Enf. terr., 1929, p. 17). Il ne faut pas que nos hôtes parisiens soient des étrangers parmi nous, il faut qu'ils se sentent chez eux (DRIEU LA ROCH., Rêv. bourg., 1937, p. 23) :
17. Le peuple de l'esprit (...). C'est le seul peuple qui subsiste sans frontières; c'est le seul peuple qui soit chez lui partout, ce qui revient à n'être nulle part chez soi.
ALAIN, Propos, 1933, p. 1156.
Rem. Pour l'emploi de soi avec un subst. déterminé désignant une pers., v. soi.
) [Le subst. déterminé masc. ou fém. désigne une chose] La terre tourne sur elle-même. Si petit que soit le fragment d'une œuvre romaine, il porte en lui un monde qui m'apparaît comme sans limites (GREEN, Journal, 1935, p. 23). Les grands sentiments promènent avec eux leur univers, splendide ou misérable (CAMUS, Sisyphe, 1942, p. 24). La vertu a en elle ce qu'il faut pour la rendre aimable (DAUZAT Gramm. 1958, p. 263).
Rem. Pour un subst. déterminé désignant une chose, on emploie soi (emploi arch.) ou lui/elle (v. soi); l'emploi de lui/elle est de règle si le suj. est un animal. ,,Au féminin, on emploie plutôt elle`` (DUPRÉ 1972).
b) [Comme attribut réfl. (souvent sous la forme renforcée avec même)] Sainte-Beuve ne fut lui que par ses disgrâces auprès des jeunes femmes (BARRÈS, Homme libre, 1889, p. 90). Bremond — qui me quitte à l'instant, qui est plus adorablement lui que jamais (DU BOS, Journal, 1927, p. 288). La façon naturelle qu'ils [des amis] ont d'être « eux » et de compter pour rien dans la transformation qu'ils accomplissent en moi (J. BOUSQUET, Trad. du silence, 1936, p. 54) :
18. J'ai avancé (...) que jamais homme n'a été plus lui-même que le Dante, qu'Alfieri n'était pas lui, pour la langue, que même pour les idées il était bien moins lui qu'il ne croyait.
STENDHAL, Rome, Naples et Flor., t. 2, 1817, p. 158.
2. Emploi réfl. indéf. [Pour représenter un pron. indéf. (surtout suivi d'un déterminatif : chacun de..., aucun de..., celui qui...) ou un subst. à valeur gén. à la place de soi (plus rare que soi)] Chacun de nous appartient à la société autant qu'à lui-même (BERGSON, Deux sources, 1932, p. 7). Il me semble qu'à la première conscience qu'il aurait de lui-même, l'homme retomberait en poussière (BERNANOS, Journal curé camp., 1936, p. 1184).
B.— Lui-même, elle-même, eux-mêmes, elles-mêmes
Rem. Même est obligatoire chaque fois que l'équivoque peut naître et que lui, elle... peut s'interpréter comme renvoyant à autre chose que le sujet.
1. [Sert à renforcer le suj. désignant une pers. ou une chose] Il est imbu de lui-même, en contradiction avec lui-même. Tel qu'en lui-même enfin l'éternité le change, Le poëte suscite... (MALLARMÉ, Poés., 1898, p. 70). Voilà donc une malheureuse population qui est entièrement abandonnée à elle-même au point de vue hygiénique et prophylactique! (ROMAINS, Knock, 1923, II, 2, p. 9).
a) En partic.
[En appos.] Les meilleurs libraires de Leyde, sont, disent-ils eux-mêmes, des antiquaires (MICHELET, Journal, 1837, p. 237). À ce moment le do lui-même est remplacé par un indistinct son intermédiaire (GIDE, Retour Tchad, 1928, p. 887). Depuis Marie, sœur de Moïse, jusqu'à cette parfaite Marie elle-même qui fut la mère du Christ (CLAUDEL, Poète regarde Croix, 1938, p. 190).
[En emploi attribut] Il n'est plus lui-même. Il est tout à fait changé. Nos rêves sont la meilleure et la plus douce partie de notre vie. C'est le moment où chacun de nous est le plus lui-même (RENAN, Drames philos., Eau jouvence, 1881, IV, 3, p. 497).
[En emploi subst.] Louise : Qui êtes-vous, monsieur? Dubouloy : Un ami intime de Saint-Hérem, un autre lui-même (DUMAS père, Demois. de St-Cyr, 1843, I, 9, p. 114). C'est trop souvent cet homme officiel qui fait la leçon au lui-même d'autrefois (SAINTE-BEUVE, Chateaubr., t. 1, 1860, p. 109).
[Après ne... que] Les visages n'affirment qu'eux-mêmes (ALAIN, Propos, 1923, p. 548). On dit que les Arnauld n'estiment qu'eux-mêmes (MONTHERL., Port-Royal, 1954, p. 1012).
b) Expr. diverses
De lui-même, d'elle(s)-même(s), d'eux-mêmes
♦ [En parlant de pers.] De son/leur propre chef, de sa/leur propre initiative, tout seul, spontanément. En apprenant que son père voulait céder son commerce, elle vint d'elle-même lui demander la préférence (ZOLA, Terre, 1887, p. 48). Le cousin Lachassaigne (...) jugeait inconcevable que le professeur ne songeât pas de lui-même à démissionner (MAURIAC, Génitrix, 1923, p. 333).
♦ [En parlant de choses] Sans l'aide ou l'adjonction d'autre chose. Chaque barreau, plutôt d'acier que d'or, semblait luire de lui-même (GIDE, Tentative amour., 1893, p. 79) :
19. Les feux de cheminée et les inondations devenaient plus rares; les lustres ne tombaient plus d'eux-mêmes et spontanément sur le plancher...
A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 309.
En/par lui/elle-même, en/par eux/elles-mêmes
♦ [En parlant de pers.] Personnellement. Il est venu voir par lui-même. Esprits capables de vérifier en eux-mêmes et par eux-mêmes (NIZAN, Chiens garde, 1932, p. 157).
♦ [En parlant de choses] Par sa/leur propre nature. C'est [Une Bataille, de Salvator Rosa] la bataille en elle-même, personnifiée pour ainsi dire (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 111). Les résultats généraux (...) ont de la valeur en eux-mêmes (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 135). Ces théorèmes sévères ne sont pas intéressants par eux-mêmes; c'est que par eux-mêmes ils ne sont pas; il faut les faire et les soutenir (ALAIN, Propos, 1931, p. 1009).
Pour lui/elle-même, pour eux/elles-mêmes
♦ Pour sa propre personne, indépendamment de toute considération d'intérêt. M. Thiboust-Gouron était dur pour lui-même comme pour autrui (SARTRE, Nausée, 1938, p. 123).
En leur propre nom. C'est qu'ils ne parlent pas seulement pour eux-mêmes, ils parlent aussi pour M. Claudel (THIBAUDET, Réflex. litt., 1936, p. 133).
♦ Pour la chose considérée isolément. S'il restait encore de lui quelques os, ils existaient pour eux-mêmes, en toute indépendance (SARTRE, Nausée, 1938 p. 127).
2. [Sert à renforcer le pron. réfl. se]
a) [Se est compl. d'obj. dir.] Avant de se trouver eux-mêmes, ils s'étaient rencontrés les uns les autres (MARTIN DU G., Devenir, 1909, p. 26). Il leur demande un grain de blé et en échange Il Se donne Lui-même, Il est le Pain des anges (JAMMES, Géorgiques, Chant I, 1911, p. 31).
b) [Se est compl. d'obj. indir. (à + le pron.)] Pour se justifier à lui-même les soupçons qu'il a (MÉRIMÉE, A. Guillot, 1847, p. 11). La demeure qu'ils se sont donnée à eux-mêmes, est (...) la demeure de l'absolu (PSICHARI, Voy. centur., 1914, p. 116).
Prononc. :[], [], [ø], []. On ne fait pas la liaison entre eux et un mot suiv., ex. : je chante, eux/écoutent, mais je chante, elles écoutent, avec la liaison. Pas de liaison non plus après eux-mêmes, eux seuls : eux-mêmes/avaient émigré, eux seuls/auraient pu rester. Étymol. et Hist. Lui2 : v. lui1. Elle2, eux, elles2 : v. il1(s).
STAT. — Lui1 et 2. Fréq. abs. littér. :303 549. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 395 544, b) 440 000; XXe s. : a) 460 064, b) 440 999.
BBG. — FOULET (L.). L'Extension de la forme oblique du pron. pers. en a. fr. Romania. 1935, t. 61, pp. 401-463. — HERIAU (M.). Le Verbe impers. en fr. mod. Paris, 1980, p. 399, 905; pp. 1010-1012. — JENSEN (J.). Obs. sur le pron. lui. R. rom. 1970, t. 5, pp. 205-222. — MASON (P.). Li and lui as indirect objects pronouns in two Middle Fr. texts. St. neophilol. 1980, t. 52, n° 2, pp. 385-388. — PINCHON (J.). Hist. d'une norme... Lang. fr. 1972, n° 16, pp. 74-87. — THOMAS (A.). Lui et lei. Romania. 1883, t. 12, pp. 332-334. — TILANDER (G.). Un Probl. syntaxique de l'a. fr. je lui donne = je le lui donne. Romania. 1937, t. 63, pp. 31-47. — ZRIBI-HERTZ (A.). Coréférence et pron. réfl. : notes sur le contraste lui/lui-même en fr. Ling. Investig. 1980, t. 4, n° 1, pp. 131-179.

lui [lɥi] pron. pers.
ÉTYM. 1080, Chanson de Roland; du lat. pop. illui, lat. class. illi, datif de ille.
Pronom personnel de la troisième personne du singulier, pouvant remplir toutes les fonctions du nom.
———
I Lui employé sans préposition.
A Pronom personnel des deux genres, représentant un nom de personne ou d'animal (plur. 1. Leur).
1 En fonction de complément indirect énonçant les rapports de destination, d'attribution, d'appartenance, d'intérêt, etc., qu'exprime normalement la préposition à. || Écoute, lui dit-elle… (→ Blâmer, cit. 9). || Personne n'osait lui parler. || « Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse » (cit. 27, Racine). || Il lui donne du pain. || Il lui doit une petite somme. || Elle lui plaît beaucoup. || Il lui convient, il lui répugne (→ Intérieur, cit. 11) d'agir ainsi. || Il lui est arrivé un accident (→ ci-dessous, II., 1., a, rem.).
1 Que luy (lui) reste-t-il à désirer ?
Montaigne, Essais, I, XLII.
2 Elle lui demanda avec une tristesse affectueuse de lui garder un bon souvenir dans un petit coin de son âme.
France, le Lys rouge, XIX.
3 Il lui fallait toujours quelqu'un près d'elle, qui lui fit la conversation (…)
Émile Henriot, Aricie Brun, III, I.
REM. Dans cet emploi, lui se place :
Toujours avant le verbe, à un mode personnel ou à l'infinitif, qui le régit, mais après l'impératif positif. || Écrivez-lui, mais ne lui parlez pas. || « Donne-lui tout de même à boire » (cit. 8, Hugo).
Après le, la, les, mais avant en (dans le cas où la phrase comprend un autre pronom personnel objet de la 3e pers.). || Il le lui a donné. || Dites-le lui. || Nous lui en avons parlé. || Elle ne lui en veut pas.
4 Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Hugo, les Contemplations, IV, XV.
5 Mon attention, quand je suis avec quelqu'un, est de deviner ses idées et, par excès de déférence, de les lui servir anticipées.
Renan, Souvenirs d'enfance…, III, I, Œuvres, t. II, p. 798.
Lui, employé de préférence à y pour représenter un nom de chose déterminée ou personnifiée, surtout avec des verbes comme donner, demander, devoir, préférer, prêter, etc. || Âme qui sait ce que Dieu lui commande (→ Intentionné, cit. 2).
6 La guerre m'avait promis la bonté, la générosité, le mépris des bassesses. Je croyais lui devoir mon ardeur et mon goût à vivre (…)
Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu, I, 2.
Complément « d'attribution » d'un verbe de perception ou de jugement, et marquant un rapport d'appartenance plus ou moins explicite. || On lui voit beaucoup d'ennemis : on voit qu'il a beaucoup d'ennemis. || Je lui trouve mauvaise mine. || Nous ne lui connaissions aucun parent.
7 Je lui crois bon esprit.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. VI, XVIII, p. 134.
Complément d'un adjectif attribut, construit avec être ou un verbe similaire, ou complément de destination du verbe lui-même. || Il lui est très facile de venir : c'est très facile pour lui de venir. || Sa femme lui a été d'un grand secours. || Tous lui sont restés fidèles (cit. 13). || Que lui êtes-vous donc, à cette femme ?Littér. Avec un substantif attribut. || Ce lui est un supplice de se lever.
8 Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire.
Racine, Britannicus, IV, 3.
9 Ce lui était une torture de travailler.
R. Rolland, Jean-Christophe, L'adolescent, p. 261.
10 (…) ce lui avait semblé un jeu (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, Buisson ardent, p. 1324.
En fonction de possessif, devant un nom désignant une partie du corps ou une faculté de l'âme. || Je lui ai serré la main. || Elle lui sauta au cou. || Un grand frisson (cit. 4 et 11) lui secouait les épaules, lui parcourut le corps. || « Un petit poil follet (cit. 3) lui couvrait le menton » (Ronsard). || Un doute lui effleura l'esprit.La jambe lui fait mal. || Le cœur lui battait très fort. || Je ne connais pas de femme qui lui arrive à la cheville (cit. 5).
11 Elle lui riait dans le visage, de tout près.
Zola, la Bête humaine, I, p. 8.
12 Les larmes de chaque côté lui avaient creusé un sillon dans les joues. Les yeux lui cuisaient, lui brûlaient.
Ch. Péguy, le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, in Œuvres poétiques, Pl., p. 102.
13 Ses paroles lui déchiraient le cœur.
R. Rolland, Jean-Christophe, La révolte, p. 604.
Avec un nom désignant une affection physique ou une émotion. || Une envie (cit. 35) de vomir lui venait. || Il lui venait une envie (cit. 26) de s'enfuir (→ ci-dessous, II., 1., a, rem.).Par anal. || Il lui prit un frisson subit. || La fièvre lui a pris dès son retour.
14 L'envie lui a pris de faire le moissonneur (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XIV, IX, p. 68.
2 Complément d'objet d'un verbe principal et sujet d'un infinitif ayant lui-même un complément d'objet direct ou (plus rarement) indirect :
Dans une proposition infinitive régie par faire. Faire, IV., rem. 2, et cit. 186, 187, 191 et 193; et aussi le, la, les (2. Le, II., 4.). || On lui a fait souffrir des grands maux (Académie). || Les dangers que cette aventure pouvait lui faire courir (→ Jour, cit. 24). || Faites-lui ou faites-le recommencer ce travail. || Je le lui ferai recommencer.
15 Mais l'aspect buté de l'enfant lui fit aussitôt changer de manière.
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 140.
Dans une proposition infinitive régie par laisser ou un verbe de perception (entendre, voir…). || Je lui ai laissé lire cette lettre. || Je la lui ai laissé lire. || Nous lui avons entendu souvent tenir ces propos. || Je lui ai entendu (cit. 43) dire cela.
REM. 1. Ce dernier exemple montre que le tour avec lui est parfois équivoque. Il en va de même pour : || « un domestique qui vole l'argent que son maître lui envoie porter » (La Bruyère, XIV, 60).
2. Avec laisser, l'emploi de lui, au lieu de le, la, peut modifier le sens : || « Je lui ai laissé faire les démarches, se dira pour marquer qu'on a abandonné à quelqu'un ce soin; Je l'ai laissé… pour marquer qu'on ne s'est pas opposé à son acte » (Brunot, la Pensée et la Langue, p. 390).
16 Je lui laissai sans fruit consumer sa tendresse (…)
Racine, Britannicus, IV, 2.
17 (…) il n'était plus possible de lui laisser tout ignorer.
J. Romains, Lucienne, IX.
B Pronom masculin ( Elle, fém.; eux, plur.). Syn. arg. : cézigue.
1 (Sujet d'un verbe à un mode personnel). || « Lui, machinalement, retournait vers la batteuse » (→ Fonctionner, cit. 1, Zola). || « Lui, homme de peu de foi (cit. 37), repoussa ces conseils » (Stendhal). || Cette science dont lui, Sieyès, possédait les arcanes (cit. 3). || Sa femme et lui sont venus nous voir.REM. Dans cet emploi, lui est généralement séparé du verbe par une apposition, une relative…, ou coordonné à un autre sujet.
18 Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas (…)
A. de Vigny, Poèmes philosophiques, « La mort du loup », I.
19 Les enfants l'adoraient, lui ne les aimait point (…)
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, VII.
20 Comme se fait-il que lui, épris de moi, ne se trouble point de me si peu connaître ?
Colette, la Vagabonde, p. 87.
21 — Ma chérie, vous ne l'aimez peut-être pas, mais lui vous aime (…)
A. Maurois, Climats, I, IX.
Renforcé par aussi (ou non plus), seul… || Lui aussi voudrait la connaître. || Lui non plus n'y a rien compris. || Lui seul a cette harmonie (cit. 24) en prose.
22 Lui seul est Dieu, Madame, et le vôtre n'est rien.
Racine, Athalie, II, 7.
23 Lui aussi se plaisait aux longues courses à pied dans les villes populeuses et dans les belles campagnes.
France, le Lys rouge, IV.
(Sujet d'un verbe au participe passé ou sous-entendu) :
a Dans une proposition participe absolue elliptique du verbe être. || Lui parti, les autres invités reprirent leur conversation.
24 (…) lui arrivé, elle eut des accès d'impatience contre lui, et presque contre Fabrice (…)
Stendhal, la Chartreuse de Parme, VIII.
b Dans les réponses, les phrases exclamatives. || Qui vous a dit cela ? Lui. || Oh ! lui, alors !
25 Lui seul ! Lui partout; toujours Lui !
Lamartine, Harmonies…, II, XXII.
26 — Qu'est-ce qu'il a fait pour obtenir le bouton aux chasses du prince ? — Lui, rien. Sa femme, tout.
France, le Lys rouge, I.
c Après que, en phrase comparative. || Elle est moins raisonnable que lui. || Personne (d')autre que lui ne s'en préoccupait. || Un autre (cit. 62) que lui. || Il en sait autant que lui (→ Attaquer, cit. 15).
2 En apposition au sujet, pour insister sur l'identité de la personne ( Lui-même), l'opposer à une autre, ou préciser un pronom pluriel. || Paul qui, lui, était présent, va vous dire ce qui s'est passé. || Ils sont partis, elle vers midi, lui un peu plus tard.
27 (…) il la reconduisait ainsi jusqu'à leur logis, elle devant, lui derrière, elle pleurant, lui criant.
Maupassant, l'Inutile Beauté, Le noyé, p. 146.
Antécédent d'un relatif. || Lui qui se plaint toujours, il devrait penser aux autres.
28 Lui qui aimait un si fin langage, il s'exprime et se plaint avec des mots et des cris d'enfant.
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, I, Hist. Carré et Lerondeau.
Suivi d'un ordinal :
29 Puis ses vingt-deux camarades par terre, et lui vingt-troisième se précipitant à son tour pour relever, soutenir le pauvre drapeau (…)
Alphonse Daudet, Contes du lundi, Le porte-drapeau, V.
3 Loc. C'est lui, c'est lui qui, c'est lui que, c'est lui dont. || Qui te l'a dit ? C'est lui. || C'est lui mon meilleur ami. || Est-ce lui ou elle qui vous a parlé ? || C'est bien lui dont on a annoncé l'arrivée à Paris. || Ce fut lui, et lui seul, qui eut cette idée.
30 (…) parce que c'était lui, parce que c'était moi.
Montaigne, Essais, I, 27 (→ Aimer, cit. 8).
31 Rieux n'était même pas sûr que ce fût lui qu'elle attendît.
Camus, la Peste, p. 139.
Avec une valeur exclamative. || C'est lui qui sera content de vous voir ! || Et lui qui se faisait une joie de cette soirée ! || Lui qui vous aime tant !
32 Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir !
Racine, Andromaque, II, 1.
33 Pauvre Louis, lui qui avait une telle horreur des discussions violentes (…) Que doit-il penser ?
A. Maurois, le Cercle de famille, I, XXI.
4 En fonction d'attribut. || Tout ce qui n'est pas lui le laisse indifférent (→ Approprier, cit. 3).
34 Dans sa création le poète tressaille;
Il est elle, elle est lui (…)
Hugo, les Contemplations, I, IX.
35 Comment serait-il ? Elle ne le savait pas au juste (…) Il serait lui, voilà tout.
Maupassant, Une vie, I.
36 (…) dans tout ce qui était lui et le faisait lui en cette minute, il n'était rien qui ne fût admirable.
Montherlant, le Songe, II, XV.
5 Complément d'objet direct (généralement coordonné à un autre objet direct ou détaché du verbe). || Je ne veux voir que lui. || Elle n'aimait ni lui ni ses amis. || On l'accusait, lui et quelques autres officiers (→ 1. Foudre, cit. 19).(Pour préciser un pronom personnel). || Je vous accompagnerai, vous et lui.
37 (…) Pénélope, ne voyant revenir ni lui ni moi, n'aura pu résister à tant de prétendants (…)
Fénelon, Télémaque, VI.
38 (…) pourquoi le flatter, lui plutôt qu'un autre ?
Stendhal, la Chartreuse de Parme, VIII.
39 Je lui assurai que je ne pensais pas sans remords à l'abandon où je les avais laissés, lui et sa mère.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, XIV.
C Substantivé. || Un lui; le lui…
39.1 Et pour cette situation nouvelle que le hasard de sa caresse venait de créer immédiatement, un autre « lui » avait surgi, et une autre « elle » s'était montrée (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 840.
———
II Construit avec une préposition ( Elle, fém.; eux, plur.).REM. Dans cet emploi, lui représente le plus souvent un nom de personne, parfois un nom d'animal ou de chose, surtout quand il s'agit de choses ou d'animaux personnifiés ou déterminés.
1 Avec la préposition à :
a Comme complément indirect des verbes énonçant le mouvement (aller, arriver, courir…), la pensée (penser, rêver, songer…), et des transitifs indirects tels que renoncer… || Vous pensez encore à lui ? Non, je n'y pense plus ( Y). || Dieu l'a rappelée à Lui. || Elle est venue à lui toute joyeuse.REM. Avec un verbe de mouvement pris au fig. → ci-dessus, I., A., 1. et par extension :
40 Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.
Hugo, les Contemplations, III, IV.
Comme complément indirect de tout verbe ayant un autre pronom personnel pour complément d'objet, surtout si ce verbe est pronominal. || Voulez-vous me présenter à lui ? || On ne peut pas se fier à lui. || D'instinct (cit. 35), je m'opposais à lui.
41 — Vous vous intéressez à lui ? — Je ne m'y intéresse pas; je m'en divertis.
Émile Augier, les Effrontés, II, 10.
b Après c'est, suivi d'un attribut. || C'est gentil à lui de m'avoir écrit. || « Ce fut à lui bien avisé » (La Fontaine, Fables, III, 18).
Après c'est, dans le tour c'est à lui de ou à suivi d'un infinitif. || C'est à lui de faire le nécessaire.Ellipt. || À lui de jouer !
42 À lui de s'arranger pour qu'elle ne le quittât plus.
Alphonse Daudet, l'Immortel, X.
c Après un terme de même fonction. || Ne dites rien à sa femme ni à lui. || Je me fierais plus volontiers à elle qu'à lui. || « Une affaire… qui serait capitale (cit. 7) à lui ou aux siens » (La Bruyère).Spécialt (pour reprendre et souligner un premier emploi de lui). || Familiarité (cit. 8) qui ne lui était pas habituelle, à lui.
43 (…) je rends ces lettres à vous ou à lui.
A. de Vigny, la Maréchale d'Ancre, III, 3, in Grevisse.
d Après un substantif, pour marquer la possession, l'appartenance. || Il a une allure bien à lui, qui lui appartient en propre. || Il a une écriture à lui, tout à fait illisible (cit. 3). || Des idées à lui. || Un ami à lui : un de ses amis, un sien ami ( Possessif).Spécialt, pour renforcer ou préciser un adjectif possessif. || Elle était sa chose (cit. 11), sa chose à lui (→ pop. À sézigue).
44 (…) elle l'entretenait de sa mère, à elle, et de sa mère, à lui.
Flaubert, Mme Bovary, II, X.
45 (…) c'est son fort, à lui, les effets de recul (…)
Alphonse Daudet, Contes du lundi, Partie de billard.
46 Ils sont de vieux compagnons à lui.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. X, XVI, p. 181.
e Dans le tour à valeur d'apposition à lui seul, à lui tout seul. || Il n'y arrivera jamais à lui tout seul, sans se faire aider.
2 Avec d'autres prépositions : de, en, par, pour…REM. Lui peut se construire avec la plupart des prépositions (sauf dès, durant, pendant) et locutions prépositives. — Les femmes sont folles (1. Fou, cit. 32) de lui. || J'ai plaisir à parler de lui. || Cet enfant est très doué, nous ferons de lui un savant. 2. En (cit. 10, 12, et supra). || J'ai confiance en lui. || Tout ce qui a été fait par lui est à refaire. || Une femme qui cache (cit. 13) à un homme la passion qu'elle a pour lui. || On forme (cit. 12) des vœux pour lui. || Pour lui, c'est une affaire réglée. || Va donc avec lui. || Je n'irai pas chez lui. || Ils ne reçoivent personne sauf lui, en dehors de lui. || Quant à lui, qu'il se débrouille !(Avec un nom de chose, surtout personnifiée). || Si l'amour est un bien, il faut croire en lui. Y (→ Guérir, cit. 38, Musset). || « L'amour (…) n'aime pas que l'on coure (cit. 19) après lui » (Gautier).
47 Toutes choses ont été faites par lui; et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui.
Bible (Sacy), Évangile selon saint Jean, I, 3.
48 Le conte fait passer le précepte avec lui.
La Fontaine, Fables, VI, 1.
49 Tous nos ports sont ouverts et pour elle et pour lui.
Racine, Andromaque, I, 3.
50 Ce qui rend l'homme malheureux, ce n'est point ce qui est hors de lui, ni ce qui est au-dessus de lui, ni ce qui paraît même plus déclaré contre lui; mais il est lui-même la source de ses peines, parce qu'il veut être lui-même la règle de ses actions.
Bourdaloue, Sermon sur la Providence, II.
51 Cette société nouvelle, bâtie de meurtres et de vols, elle se maintenait par lui; en lui elle avait son unité.
Michelet, Hist. de France, IV, V.
52 Aime celui qui t'aime, et sois heureuse en lui.
Hugo, les Contemplations, IV, II.
53 C'est vers le Ciel que les mains se tendent; en lui que les yeux se réfugient ou se perdent (…) c'est du haut de lui que certaines paroles sont tombées, et que certains appels de trompettes se feront entendre.
Valéry, Variété, p. 155.
REM. De lui, même désignant une chose, ne peut être remplacé par en, ni après ne… que (« ce chanteur, on ne parle que de lui »), ni auprès d'une locution prépositive contenant déjà de (« je peux citer ce fait parce que mon séjour à Balbec me mit au courant de lui » [Proust, Du côté de Guermantes, I, p. 240]).
3 Spécialt et littér. Devant un participe passé construit sans auxiliaire. || Un livre à lui dédié, un secret par lui soupçonné.Devant un adjectif. || « Pour des raisons à lui sans doute particulières » (H. de Régnier, in G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, 908).
54 « Malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière… » Stend, Chartr. de P., III, 55; « Le fait que l'aventure par lui contée se déroule à Vergy… » J. Bédier, Châtel. de Vergy, Préf. VII; « Grâce aussi à un merveilleux médicament de lui seul connu… » Céline, Voyage au bout…, II, 106; « Wazemmes, jeune collaborateur par lui formé, par lui extrait du néant. » J. Romains, Superbes, V, 33.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, 908.
4 (Omission de lui).REM. Lui est fréquemment omis, surtout dans la langue familière, à la suite de prépositions comme après, avec, devant, derrière qui sont alors employées adverbialement. L'omission de lui après dans, sous, sur entraîne obligatoirement le remplacement de ces prépositions par les adverbes dedans, dessous, dessus.
55 Et pour l'échauffer (l'Enfant Jésus) dans sa crèche
L'âne et le bœuf soufflent dessus.
Th. Gautier, Émaux et Camées, « Noël ».
56 (…) le chameau était lancé (…) Quatre mille Arabes couraient derrière (…)
Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, III, IV.
57 (…) un cierge brûlait, et une femme se tenait agenouillée devant (…)
Loti, Pêcheur d'Islande, III.
58 J'avais pris son dé; je jouais distraitement avec (…)
G. Duhamel, Salavin, I, XI.
———
III Employé comme réfléchi, au lieu de soi, pour représenter un sujet masculin déterminé. Soi.
En parlant d'êtres ou de choses personnifiées. || Un homme content (cit. 15) de lui. || Un vieillard qui fait (cit. 16) sous lui. || Il regarda autour de lui. || Il fila comme une flèche (cit. 6), droit devant lui. || Il ne soupçonne pas en autrui (cit. 12) ce qu'il ne sent pas en lui. Lui-même.
59 C'est un philosophe de son espèce. Il ne pense qu'à lui (…)
Diderot, le Neveu de Rameau.
60 Il doutait amèrement de lui.
R. Rolland, Jean-Christophe, Le matin, p. 143.
61 Il me montra le carnet qu'il avait sur lui (…)
Gide, Journal, 4 juil. 1933.
Après aucun, chacun, celui qui…, surtout accompagnés d'un déterminatif. || Chacun de ces hommes ne pense qu'à lui.
62 C'est tout un monde que chacun porte en lui !
A. de Musset, Fantasio, I, 2.
63 Chacun de nous porte en lui ses propres menaces.
Daniel-Rops, Vouloir, p. 127, in Grevisse.
(En parlant de choses). || Le cyclone avait tout entraîné après lui.
64 (…) le mont Icare (…) laissait voir derrière lui la cime sacrée du Cythéron (…)
Chateaubriand, les Martyrs, XV.
———
IV Lui-même ( aussi Même, I., 2., c, cit. 16 et rem. supra).
1 (Non réfléchi). Elle-même, fém.; eux-mêmes, plur. || Lui-même n'en sait rien. || La discipline exige (cit. 20) d'un chef que lui-même respecte les lois (→ aussi Gêne, cit. 11). || Il n'est lui-même qu'un employé.
65 Sévère n'est point mort (…)
Il vient ici lui-même (…)
Corneille, Polyeucte, I, 4.
66 Monsieur Henri Charrier, je crois ? — Lui-même.
Émile Augier, les Effrontés, IV, 4.
67 Nous pensions qu'il ne mettait rien au-dessus de l'argent. Lui-même le croyait peut-être (…)
F. Mauriac, le Nœud de vipères, XIX.
2 (Réfléchi). Soi-même. || Il était honteux de lui-même (→ Bourreler, cit. 3). || Individu qui reste maître de lui-même (→ Autonomie, cit. 3). || La bonne opinion qu'il a de lui-même (→ Glorieux, cit. 18). || Doutant de lui-même (→ Fasciner, cit. 8). || Pestant contre (cit. 17) lui-même. || Il est en contradiction (cit. 4) avec lui-même.
68 Tel qu'en Lui-même enfin l'éternité le change (…)
Mallarmé, Poèmes d'Edgar Poe, Le tombeau d'Edgar Poe (→ Tel).
69 Un dieu aussi peut se plaire à être aimé pour lui-même.
Giraudoux, Amphitryon 38, I, 5.
70 Il ne trichait guère avec lui-même; du moins pas consciemment.
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 107.
Loc. De lui-même : de son chef. || Il a agi de lui-même. || Arbre (cit. 43) qui pousse de lui-même, tout seul (→ aussi Éternel, cit. 20; fantastique, cit. 11; 1. feu, cit. 78).
En lui-même, par lui-même : de par sa propre nature (→ Fugitif, cit. 10; impulsion, cit. 7; indépendant, cit. 1). || Qu'il vienne ici pour voir un peu par lui-même, personnellement (→ Illusion, cit. 11).
Lui-même, renforçant le réfléchi se. || Il s'ignore lui-même (→ Inconscient, cit. 7). || Il se prend lui-même à son jeu (cit. 75). || En se parlant à lui-même. || Il s'impose (cit. 23) à lui-même une règle de conduite.
71 Balzac est le type de l'écrivain qui se féconde lui-même en se relisant (…)
Émile Henriot, les Romantiques, p. 321.
HOM. Formes du v. luire.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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